Par David Brami - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 11h26 - 1 commentaire(s)

De nos jours, voir une série fantastique ne pas plonger la tête la première dans sa mythologie est devenu rare. Si l'on excepte les séries dites « anthologies », c'est-à-dire proposant des intrigues et des personnages propres à chaque épisode (récemment Masters of Horror ou Fear Itself), on pourrait presque compter sur les doigts d'une main les Eureka et autres Warehouse 13 n'impliquant pas leurs protagonistes dans des racines se voulant profondes et fouillées. A ce titre, le pari est raté pour JJ Abrams et ses producteurs Roberto Orci et Alex Kurtzman (Alias, le récent film de Star Trek), qui nous avaient juré mordicus que leur nouveau bébé télévisuel, Fringe, ne tomberait pas dans l'interminable show au scénario de longue haleine. Mais soyons honnêtes, si les trois amis ont en partie failli à leur promesse de donner à la Fox une série principalement emplie d'épisodes à intrigue unique, ils l'ont fait pour notre plus grand plaisir.

 


C'est bien simple, et comme c'est le cas pour Lost également initiée par Abrams, Fringe n'aura pour le moment déçu que les amateurs de révélations ayant quitté l'aventure en route. Lassés d'attendre le décollage de son évidente histoire de fond, ils n'auront pas eu la patience de suivre jusqu'au bout l'agent Olivia Dunham (Anna Torv) et la famille Bishop (John Noble et Joshua Jackson), tous trois travaillant pour le FBI à la résolution d'incidents dont les causes et les effets trouvent place aux frontières de notre réalité. Ils n'auront pas assisté à une ultime poignée d'épisodes dévoilant les origines de ces personnages (l'une est fille d'expériences, l'autre, remplaçant sans le savoir d'un fils mort ?). Ils auront de même raté un coup d'éclat final à sauter au plafond, ouvrant les portes d'un univers parallèle dans lequel trône le mystérieux William Bell (Leonard Nimoy), responsable de la non moins mystérieuse entreprise Massive Dynamic. Dommage pour eux car pour leur part, les fidèles auront le plaisir d'apprendre que la série, dont la seconde saison a débuté il y a quelques semaines aux États-Unis, n'a pas lâché cette ligne directrice explosive.

 


Sur les quatre épisodes déjà diffusés de cette nouvelle fournée, trois sont en effet consacrés aux événements liant l'agent Dunham et son rôle dans l'avenir de notre monde. De retour dans notre univers en traversant le pare-brise d'un véhicule d'où elle était absente durant plus d'une heure, Olivia reviendra sans le moindre souvenir de sa rencontre avec Bell via un épisode rendant ouvertement hommage à l'un de ses plus évidents modèles, le X-Files de Chris Carter. Si Mulder et Scully font une petite apparition via un écran de télé diffusant leurs aventures, il sera de plus grandement question d'êtres capables de changer d'apparence à volonté et de conspiration d'envergure. Passé l'enfant-scorpion du second épisode, c'est le retour de la mythologie dans les grandes largeurs, ainsi que d'un quotidien continuant plus que jamais d'être le terrain des affrontements furtifs mais décisifs d'une guerre invisible. On y découvre des bombes humaines utilisées par un général ayant flairé le danger et la quête de mutants mi-hommes mi-machines venus de l'autre univers pour trouver la tête d'un être de valeur. Enfin, l'attendue discussion entre Dunham et Bell achève de mettre les points sur les i et annonce une apocalypse qui rappellera inévitablement par ses enjeux les aventures d'un certain Charlie Jade. Rien de mieux pour mettre à plat les tenants et aboutissants d'une saison qui, à n'en pas douter, nous mènera par le bout du nez.


Comme le veut la coutume, les trois scénaristes et producteurs de la série font monter la pression d'un cran avec ce départ énergique. Mal en point à l'issue de la saison précédente, la Fringe division du FBI démontre cette fois sans ambiguïté son importance aux têtes pensantes des services fédéraux en mettant la main sur un appareil permettant à l'ennemi de changer de forme. Elle gagne dans l'aventure une liberté d'action qui lui faisait cruellement défaut jusqu'ici, et voyait le spectateur simplement se contenter de surveiller une équipe à la traîne. « Nous n'allons plus nous contenter de simplement réagir ou d'arriver toujours en retard » lancera Peter. « Après tout, il faut bien que quelqu'un leur sauve les fesses ». Mieux : en l'espace de deux épisodes, les séquelles physiques de Dunham sont balayées et sans attendre la mi-saison, nous pouvons désormais mettre un nom sur la menace et ses origines. Une avancée significative même s'il nous reste encore à découvrir le pourquoi de cette invasion désormais identifiée comme belliqueuse.

 


A grands coups d'effets efficaces (le contact avec l'autre monde d'un agent, l'ampleur du phénomène), et donc une plongée massive dans le vif du sujet, Fringe gagne en densité et affirme sa personnalité bien plus qu'elle ne l'avait fait la saison passée. Sa toile de fond dépasse les simples allusions à travers une tournure de phrase du savant Walter ou une apparition furtive du mystérieux observateur chauve, et la mythologie propulse la série vers des horizons d'autant plus prometteurs qu'ils sont cette fois palpables. Reste à savoir si le show, ayant radicalement chuté dans les audiences (une inquiétante moyenne de 6 millions de spectateurs contre près de 10 l'an passé) survivra assez longtemps pour happer le public dans son aventure. L'arrivée d'une nouvelle ration d'épisodes à intrigue unique pourrait relancer l'intérêt d'une audience bien plus accroc à ce type de pratiques qu'aux longues sagas fantastiques. Espérons que les personnages et les enjeux en filigrane la passionnent assez pour que l'ensemble évite l'annulation surprise et se dote au moins d'une conclusion digne de ce nom.
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