Il aurait fallu être devin pour imaginer il y a quatre ans que Grey’s Anatomy, énième série médicale d’abord prévue pour n’être qu’un show de mi-saison, en serait aujourd’hui à sa quatrième saison et serait une des séries les plus populaires des networks américains, au point même de bénéficier d’un spin off (l’attendu
Private Practice et dont deux épisodes de la saison 3 de
Grey’s servaient de pilote officieux). Mais force est de constater qu’aujourd’hui,
Grey’s Anatomy est un tel succès que chaque épisode est presque un évènement. Alors quand on parle du season premiere, inutile de dire que la chose était plus qu’attendue.
Narrée sous le signe du changement (que l’éternelle narration en voix off du personnage de Meredith ainsi que le titre de l’épisode (« A Change is gonna come », littéralement : « Un changement va venir », n’oublient pas de souligner), cette nouvelle incursion dans le monde de l’hôpital Grace de Seattle voit nos personnages, à l’image de l’audience, revenir de vacances après le mariage avorté de Christina et Burke. Les personnages ne s’étant d’ailleurs pas revus pendant celles-ci l’épisode fait office de retrouvailles. Un procédé identificateur qui marche comme un charme avec le téléspectateur alors que de nouvelles situations se mettent en place.
Ainsi, et comme toute série médicale digne de ce nom, vient enfin le passage tant attendu où les anciens internes deviennent médecins résidents et doivent à leur tour s’occuper de nouvelles recrues. Ainsi, Meredith, Christina Izzie et Alex doivent chacun s’occuper et guider un groupe de 4 internes fraîchement débarqués. Nous évitant la phase hystérique de ce nouvel apport de responsabilités, les scénaristes nous présentent des personnages rompus aux habitudes hospitalières, presque blasés de la situation avant même que celle-ci ne débute. Seul Alex jubile intérieurement de ce nouveau challenge, se considérant même comme le remplaçant de Bailey au titre de nazi des internes. Une maîtrise de la situation qui s’explique tant par leur expérience que par leurs préoccupations émotionnelles : les personnages rentrant de vacances après le mariage, nombres de situations sont restées en suspens.
Ainsi, Meredith avait laissé Derek en plan, ayant perdu alors foi en la notion d’union stable. De Même George et Izzie en étaient restés à la déclaration de cette dernière, celui-ci, marié et confus de la nuit qu’ils avaient passée ensemble en fin de saison dernière, l’évitant à tout prix. Même Alex est émotionnellement en sursis alors qu’il a réalisé trop tard les sentiments qu’il éprouvait pour la patiente dont il s’était tant occupé l’année précédente, alors que Christina se remet à peine de sa lune de miel en amies. Un véritable lendemain de champ de bataille que la reprise du travail va un tant soit peu secouer, obligeant les uns et les autres à reprendre leurs marques avec un départ frais et propice aux nouvelles rencontres, les personnages étant maintenant tous célibataires à la seule exception de Callie et George.
Emotionnellement perturbé lui aussi, George se retrouve cependant dans une situation sensiblement différente de ses anciens confrères : en effet et comme révélé en fin de saison précédente, il est le seul des anciens internes à avoir raté son concours et rempile sous le giron de Meredith, son internat. Une situation difficile alors que tous ses amis sont devenus résidents, amis qui va permettre au spectateur d’avoir une vue intérieure des nouveaux groupes d’internes, alors qu’un autre personnage d’importance viendra en rejoindre les rangs. En effet, la jeune demi-sœur de Meredith, Lexie, débute également cette année son internat sous la direction de Christina et cherchera à tout prix à entrer en contact avec sa sœur histoire de créer un dialogue qu’elle n’a jamais eu.
Deux situations potentiellement explosives qui serviront de fil rouge tout au long de la saison, les problèmes familiaux de Meredith ayant toujours été en quelques sortes un des nerfs de la guerre de la série. De même la situation de George, qui arrive à cacher son statut de redoublant auprès de ses nouveaux collègues grâce à la complicité de Lexie, devra s’accrocher pour le garder afin de ne pas être considéré comme un raté par ceux-ci, et hériter à l’inverse d’un statut plutôt cool d’interne expérimenté, statut qui sera cependant mis en péril dès le 3ème épisode de la saison.
Une nouvelle saison sous le signe du changement donc, d’autant que plusieurs personnages d’importance ayant disparu de la série, Burke ayant signé sa démission et Addison étant partie jouer les chirurgiennes infantiles dans le spin off de la série Private Practice. Mais un changement qui reste toutefois dans la bonne continuité de la série, alors que certaines tensions (par exemple entre Bailey et Callie, cette dernière ayant hérité du titre de chef résident alors que Bailey le convoitait) et certaines amourettes (entre Meredith et Derek, ou Izzie et George) restent tout de même à l’ordre du jour, d’autant que la tonalité et le traitement de cet épisode s’insèrent parfaitement dans la logique de ce qui était proposé précédemment.
Le show possède ainsi toujours ce subtil décalage entre l’humour (Izzie, révélée ici comme élément comique, en viendra à procéder à une opération sur un faon par manque de patients à proposer à ses internes alors qu’une catastrophe d’importance mobilise les autres médecins) et le sérieux souvent impressionnant (un accident voit arriver dans l’hôpital une femme enceinte sur le point d’accoucher et amputée d’un bras d’ans l’accident, ainsi qu’une homme encore vivant mais virtuellement décapité mais toujours conscient).
Pas le temps de s’ennuyer donc, pour la reprise de la série phare de Shondra Rhimes critiquement acclamée avec une interprétation toujours au top (la série a écopé de 5 nominations aux Emmy Awards cette année, dont la victoire de Katherine Heigl pour meilleur second rôle féminin) et fortement populaire qui tient à nouveau toutes ses promesses et annonce une saison à la fois riche et mouvementée, précédée la veille par celle d’un tout nouveau spin off tout aussi barré de la série. De quoi rester un petit peu plus dans l’univers déjanté de la créatrice.