Par David Brami - publié le 15 janvier 2008 à 16h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h36 - 4 commentaire(s)
Attention : ce texte comporte de nombreux spoilers sur les saisons 5 et 6 de The shield

Chanceux.
C’est ainsi que s’estiment à juste titre les abonnés de Canal + cette année. Chanceux parce qu’en règle général, bien qu’une majorité de programmes arrivent sur nos petits écrans des quatre coins du monde, il se passe souvent plusieurs mois, voire plusieurs années avant que ceux-ci ne débarquent dans nos foyers après leur diffusion originale. Et c’est encore plus rageant quand il s’agit de séries dont le suspense est aussi insoutenable que dans The Shield.


Ainsi, c’est avec délectation et après une attente de près d’un an que l’on apprécie enfin cette cinquième saison mettant en scène le chassé croisé entre le toujours impressionnant Vic Mackey et Kavanaugh, (l’impeccable Forest Whitaker), un agent de l’inspection générale des services, déterminé coûte que coûte à coincer celui qu’il considère instinctivement, mais sans en avoir la preuve, comme le plus corrompu des agents en activité. Entre la mise sur écoute des locaux de la Strike Team, le chantage de Lemansky et son incarcération, la confiance ébranlée entre les différents membres de l’équipe et les coups dans le dos, tous les coups seront bons pour inculper l’équipe et inutile de dire que les nerfs en prennent un coup. Vic ne restera cependant pas impassible et, malgré le profil bas qu’il affichera, ira jusqu'à séduire et passer sur l’ex-femme de son rival, psychologiquement instable, et ce par pure représailles.

Et avec la diffusion dans la foulée de la sixième saison de la série, simultanément à sa diffusion aux US, c’est un véritable cadeau que fait la chaîne cryptée à ses abonnés. Car rien n’aurait été plus frustrant pour l’audience de la chaîne que d’attendre encore un an après la diffusion de ces seulement 11 épisodes (au lieu de 13 habituellement, 15 pour la saison 3), surtout après avoir été retournée par son cliffhanger estomaquant.


Craignant pour sa famille, pour ses frères d’armes et sans doute principalement pour lui-même, Shane a ainsi tué à grands regrets son camarade Lemansky, soupçonné à tort d’avoir conclu un marché avec les services internes. Vic, découvrant interdit la mort de ce dernier, jure alors de retourner ciel et terre pour le venger, ignorant que le coupable n’est autre qu’un des deux êtres en qui il a le plus confiance.


Dotée d’une prequelle de 15 minutes facilement trouvable sur la toile et rendant hommage au personnage de Lem à grands coups de flashbacks, étoffant par ailleurs le personnage à titre posthume, cette saison 6 démarre à peine une semaine après les faits. A la recherche de Guardo, un chef de gang mexicain qu’il croit responsable de la mort de son ami, Vic révèlera à nouveau que son obstination n’a aucune limite. Kidnapping , extorsion, tous les moyens seront bons pour arriver à ses fins. Aveuglé par ce besoin de vendetta, plus aucun raisonnement, plus aucune hypothèse d’erreur ne l’atteindra plus, à croire que seule compte désormais la catharsis, seule issue vitale pour dépasser le trauma et continuer à exister. Il dépassera ainsi lors d’une scène tétanisante, des limites que même Kavanaugh, contaminé par la Vic-attitude au point de mettre en place une ultime désespérée stratégie de faux témoignage pour l’incriminer, n’osera franchir. Ce dernier se ravisera ainsi en préférant assumer ses erreurs plutôt que de plonger dans la corruption en emmenant une mère innocente.


Shane quant à lui, est lourdement affecté par ses actes au point d’en être suicidaire. Sauvé de ses propres pulsions par l’intervention salvatrice de Danny, fraîchement maman, il tentera de s’amender en risquant inconsciemment sa vie lors d’une prise d’otage. Ses contradictions, ses doutes et ses remords en font un personnage à la fois détestable de par ses actes et pourtant touchant. Car une des marques de fabrique de The Shield est qu’aucun personnage n’est vraiment totalement mauvais. Juste des personnages humains, parfois cédant à leurs pulsions par faiblesse ou par désir, parfois péchant par excès ou manque d’assurance, lâchés dans un monde où il est si facile de perdre pied sans pouvoir trouver de terre solide.

La série de Shawn Ryan dépeint ainsi le quotidien de cette Strike team, un équipe de choc dont seuls les résultats comptent, et qui a finalement choisi de s’impliquer dans la vie d’une jungle urbaine pour mieux la réguler de l’intérieur et en profiter au passage. Parlementer avec les gangs, utiliser les mêmes méthodes qu’eux pour se faire respecter, infiltrer l’enfer sur Terre. Car telle que décrite dans la série, la petite ville de Farmington au nouveau Mexique ressemble à une zone de non droit habitée en partie par de simples animaux à forme humaine, qui se servent sans penser aux conséquences. Une zone où se déchirent nombre de gangs rivaux, où pullulent les trafics de toutes sortes, et où les crimes les plus inimaginables ont lieu, parfois sans même une intervention des citoyens. Fusillades publiques, exécutions sommaires, tortures, chantages, … Encore dans un récent épisode, le viol d’une jeune femme, mutilée et évanouie d’avoir perdu trop de sang se déroule sous les yeux amusés d’un voisin. Pris sur le fait, le violeur déclarera avoir payé la victime et ne pas comprendre pourquoi il devrait s’arrêter alors que celle-ci perd conscience. A côtoyer et réglementer un tel monde, il n’est pas étonnant de voir que les personnages en soient profondément affectés.


C’est dans ce monde que la police de Farmington essaye ainsi désespérément de maintenir l’ordre, tout en essayant de ne pas déroger aux impératifs politiques sans lesquels le petit commissariat, situé dans une ancienne église, ne serait plus. Quotas d’arrestations, image à soigner auprès des médias et du public… Le capitaine Claudete Wyms, suspectant les activités douteuses de la Strike team, semble enfin posséder l’occasion de faire peau neuve avec la retraite anticipée de Vic. Alors que celui-ci pense pouvoir prouver une nouvelle fois son importance pour y échapper, un nouveau membre de la strike team fait son apparition, étant présenté comme son futur remplaçant.

Devant gérer cette nouvelle situation, concerné par la disparition d’un agent undercover et par la fuite d’informations confidentielles le concernant, poursuivi par l’enquête sur l’exécution sommaire de Guardo, assommé par la découverte des actes de Shane et toujours affaibli par la mort de Lemansky au point de perdre le contrôle de lui-même devant sa femme lors d’une mémorable scène d’une détresse tétanisante, le futur de Vic semble plus sombre que jamais. Etoffée d’intrigues secondaires toujours aussi bien écrites et d’une réalisation caméra portée toujours aussi efficace, on ne se lasse pas d’aimer cette série coup de poing dont une septième et ultime saison déjà confirmée pour l’année prochaine devrait prendre des tournures apocalyptiques.
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    The Shield

    L'histoire :  Los Angeles, district de Farmington. Drogues, meurtres et vengeances sont le quotidien des policiers. Dirigée par Vic Mackey, la 'Strike Team' fait[…]

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